Elle est et restera pour nombre d’entre nous la personne qui aura le plus compté tout au long de ces 40 années de bons et loyaux services. Merci Chantal et félicitations pour ta retraite bien méritée ! Merci, docteur Gilson, de nous recevoir…

Te souviens-tu du moment où tu as décidé de devenir doctoresse ?

Oh oui ! Au départ, je voulais être éducatrice. En rhéto, on nous a fait passer un test d’orientation lors d’une rencontre PMS et, suite aux résultats, on m’a évoqué la possibilité de faire les études de médecine. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » C’est une décision que j’ai beaucoup remise en question les trois premières années car les études étaient difficiles, très scientifiques, peu concrètes et pratiques. J’ai été beaucoup soutenue par papa qui me disait souvent : «  Plus ta formation sera importante et plus tu pourras aider les autres. » Il avait raison et cela m’a aidée à terminer mes études.

Et être médecin de « famille », c’est un métier qui demande beaucoup d’investissement, au détriment parfois du temps à octroyer à sa propre famille. Etait-ce un choix complexe pour toi ? Une difficulté supplémentaire à tes yeux ?

Au départ, j’ai mis en place certaines choses pour limiter ma patientèle, par exemple, en refusant d’effectuer des consultations dans des villages trop éloignés de mon cabinet, en refusant de nouveaux patients… J’ai aussi toujours tenté de privilégier certains des moments importants de la vie de famille avec nos quatre filles : les préparer pour aller prendre le bus scolaire le matin, être présente à leur retour de l’école et pour le souper vers 19h, sauf urgence, les aider dans leur travail scolaire… J’ai fait en sorte d’être à leurs côtés le plus possible, tout en gardant à l’esprit que ce n’est pas seulement la quantité mais surtout la qualité des moments que l’on passe avec ses enfants qui est importante, ainsi que l’écoute et la relation entretenue avec eux. Quand elles sont toutes devenues adultes et qu’elles ont quitté la maison, j’ai commencé une nouvelle étape professionnelle en ayant plus de temps pour mes patients (rires).

Actuellement, les médecins généralistes sont plus souvent des femmes, tout comme il y a plus d’infirmières, d’institutrices… Y vois-tu une « démission » des hommes ou penses-tu qu’il s’agit d’un phénomène qui reflète la transition, un changement dans notre société ?

Est-ce une désertion des hommes ou un investissement des femmes ? Dans une famille, la femme est souvent celle qui prodigue les soins… aux enfants, aux parents plus âgés, au mari… (rires) Il y a en effet aujourd’hui beaucoup plus de femmes médecins qu’à l’époque où j’ai fait mes études. Le paternalisme du médecin omniscient a laissé place à un partage et travail d’équipe où le patient est plus impliqué et mieux informé. Est-ce une évolution apportée par les femmes ?

Cette évolution a aussi fortement changé la pratique, les femmes veulent accorder plus de temps à leur famille.

Les premiers contacts des enfants avec le monde médical me paraissaient très importants : si on a peur du médecin quand on est petit, cela risque de provoquer certaines angoisses à l’âge adulte. J’ai toujours veillé à ne pas faire pleurer les enfants.

Parlons un peu de la construction du centre médical Vivasso à Villers. Penses-tu qu’il s’agisse d’une bonne chose pour les citoyens ?

Tout à fait ! Et que le centre médical soit à Villers ou ailleurs dans un village, cela n’a pas grande importance, même si certains Valborsetins paraissent avoir des regrets. La construction prend du temps, nous avons eu l’occasion de préparer nos patients à ce changement. Et l’équipe qui va s’installer dans ce centre est très soudée. Grâce au travail d’équipe, au lieu d’être seul chacun dans son coin, les jeunes médecins peuvent parler, échanger, se soutenir. C’est une chance pour eux et une richesse supplémentaire pour les patients, ce travail en commun ! La médecine générale est très différente de la médecine d’hôpital où les jeunes médecins font leurs stages. Le partage de l’expérience (les anciens) et des avancées scientifiques (les jeunes) est d’une grande richesse.

Cette organisation est aussi une occasion de bien scinder sa vie privée et sa vie professionnelle. Si j’avais eu cette possibilité, à l’époque où j’ai commencé à travailler, je n’aurais pas hésité une seule seconde.

L’équipe qui va rejoindre le centre a fait un appel pour louer les cabinets encore disponibles.

En effet, 10 cabinets sont disponibles, sept sont déjà occupés et une demande a été faite à tous les médecins de la commune qui auraient pu être intéressés. La porte est en effet ouverte pour les kinés ou d’autres spécialistes, voire à des logopèdes ou autres paramédicaux…

Pourrait-on envisager un centre médical visant des soins moins coûteux afin d’éviter une médecine à deux vitesses ?

Ce n’est pas envisagé pour l’instant. Ici, dans une petite commune comme Villers, nous connaissons nos patients et nous pouvons toujours nous adapter aux difficultés de chacun et faire preuve de compréhension. Dans la région, la seule maison médicale travaillant au forfait se trouve à Huy.

Que penses-tu des médecines parallèles fortement décriées ?

Il faut toujours voir avant tout ce qu’on entend par « médecine parallèle ». Je constate que certains patients achètent des produits très chers, qui n’ont pas fait leur preuve dans les études scientifiques et ne sont pas toujours dépourvus d’effets néfastes.

Ce qui est primordial pour la santé, c’est d’avoir une bonne hygiène de vie : manger sainement, avoir une activité physique, modérer sa consommation d’alcool, ne pas fumer… ainsi on évite déjà pas mal d’ennuis de santé !

Te sens-tu plus écoutée qu’au début de ta carrière ?

Tout à fait ! L’expérience apporte une meilleure connaissance des individus et une facilité d’adaptation à chacun ! (rires). Mais ce qui manque surtout aux médecins généralistes, au-delà de l’écoute, c’est du temps : vingt minutes de consultation par patient, ce n’est pas suffisant. Et comme maintenant, on fonctionne sur rendez-vous et non plus en consultation libre, c’est difficile de « prendre trop de retard » en discutant trop longtemps avec des patients.

Comment te sens-tu, alors que tu es une « jeune pensionnée » ?

J’ai l’impression de déposer à mes pieds un énorme sac à dos, chargé de toutes les émotions que j’ai accumulées tout au long de ma carrière. Mais, surtout, j’ai l’impression d’avoir eu une immense famille dont je me suis toujours sentie un peu responsable. Ce n’est pas facile de la quitter mais je m’y suis progressivement préparée et la relève est là.

Question subsidiaire : au final, quelle question aurais-tu aimé qu’on te pose ?

« Comment t’es-tu débrouillée avec le téléphone ? » à une époque où le GSM n’existait pas ! (rires) Quand j’ai commencé à travailler, il n’y avait que le téléphone fixe. Heureusement que mon mari était présent surtout lors des gardes et en soirée (secrétariat la journée). Puis on a eu le sémaphone (le « bip »), quel stress cela créait : nécessité de trouver un téléphone rapidement ! Le GSM est arrivé avec beaucoup d’appels, difficiles à gérer lors des consultations. Heureusement, maintenant, nous avons deux secrétaires. Elles nous permettent d’être totalement attentifs au patient qui nous consulte !

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